Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

e-mail

Archives

3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 13:39
LES  MEROUS DE PORQUEROLLES

Antoine, neuf ans à peine, jouait sur les rochers à l’endroit précis où son père lui avait toujours formellement interdit d’aller. Là où les vagues giflent violemment  les flancs du Cap Bénat. Il était arrivé depuis dix minutes à peine quand  il perçut ce  très  léger  clapotis à la surface d’une flaque de mer  isolée.  S’approchant avec  précaution, il observa au bout de quelques instants un, puis deux, puis  trois poissons parfaitement  semblables  et de très petite taille qui s’ébattaient là, tranquilles. L’enfant du littoral qu’il était repéra  vite l’aspect caractéristique de ces espèces  très  familières qui  vivent au large de la côte continentale.

 

Dépêché sur les lieux le jour même, l’agent du  Parc national de Port-Cros rendit très rapidement son verdict. Sentencieux, il déclara :

. Aucun doute. Il s’agit là de trois authentiques  epinephelus marginatus.

Fixant  Antoine, il décrypta en souriant :

. Trois bébés mérous. Des mérous bruns. Ils ont entre deux et quatre mois, tout au plus. Mes félicitations, jeune homme.

La découverte d’Antoine eût l’honneur de la troisième page de Var Matin. Les spécialistes et scientifiques locaux étaient perplexes. Il était depuis longtemps établi que les mérous bruns ne pouvaient se reproduire, dans cette partie du monde,  qu’au sud  de la longitude  Barcelone-Rome. Une certitude de plus qui volait en éclats. La science avançait.

Bon. Le scoop  ne perturbait réellement qu’un très petit nombre d’initiés. Et  Antoine, lui, se posait de bien plus prosaïques questions :  comment cette portée était-elle arrivée là ? Comment avait-elle survécu avec  si peu de profondeur ? Plus angoissant, où étaient à présents les parents ? Et puis, surtout, qu’allait-elle devenir  ?

Il était trois fois un banc de mérous dont le mâle dominant  était aussi doux qu’imposant. Contrairement à son apparence, il était né femelle et avait changé de sexe vers l’âge de quinze ans. Très jeune, il  n’avait jamais apprécié la solitude. Avec quelques amis, il avait assez tôt déserté le site de La Galinière, trop fréquenté selon lui, pour adopter les eaux de Porquerolles dont les fonds rocheux étaient beaucoup moins accidentés. Depuis lors, il avait, lui et sa troupe, élu domicile dans cette baie qui va de la Presqu’île du Langoustier au Cap d’Arme.

Il  était de la race des fidèles et comptait parmi les  adeptes d’un style de vie plutôt pépère. Connu et reconnu des plongeurs, bon prince,  il les  laissait s’approcher en famille pour leur permettre de  vivre, sans doute, l’aventure de leur vie. Il ne craignait rien de ces pantins maladroits et patauds dont le  comportement n’avait  rien d’hostile. Jamais.  Il détestait simplement  ce curieux entêtement qu’ils mettaient à  vouloir le toucher.

Une seule fois, une seule, il  avait voyagé vers  cette côte lointaine  pleine de lumières  et de bruits, beaucoup  plus au nord, en compagnie de cette jolie femelle dont il était tombé  éperdument  amoureux. Au bout de leur périple, ils avaient vite repéré cette petite crique qui paraissait déserte  et là, à l’abri de tout,  ils avaient dansé, dansé et dansé encore, plusieurs jours et plusieurs nuits. Puis un matin sa compagne n’était plus là. Il la chercha longtemps, en vain. Il longea la côte jusqu’à cette tour cassée qui semblait fondre dans la chaleur de l’été.  En désespoir de cause, il reprit  sa route pour regagner d’instinct  la Calanque du  Maure.

Mais  la course du  mérou  brun  se perdit à hauteur du Ribaudon.  Bercés sans doute par la seule évocation des  eaux de cette  Méditerranée  toute proche, Pénélope, Eléonore et Simon venaient, ensemble, de s’endormir.

 

valauval.fr

 

Les îles d’Or, les îles d’Hyères,  destination  retenue  pour un  Nouvel  Incentive de Covos Baxon – Conception et organisation :  Anne LE CALVE - Roch GUILABERT –  – Tel : 01 55 20 23 83 –   Covos Baxon , partenaire de L’ENTREPRISE EN MOUVEMENT.

Partager cet article
Repost0

commentaires