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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 19:24

MEDICAL TOURISM

 

En  seulement trois ans, le ton des articles de presse a changé. Il y a peu, on ironisait en France sur les forfaits « lifting-safari » ou « liposuccion-plage » proposés à l’étranger, de l’Afrique du Sud à l’Europe de l’Est en passant par la Tunisie. On soulignait volontiers l’absence de garanties offertes par ces formules. Plus accablant on doutait, en toute bonne foi, de la qualification de certains chirurgiens, des conditions de la pratique de l’anesthésie ou du respect des règles d’hygiène. Sur un mode plus alarmiste, on mettait en garde contre une propagation mondiale de bactéries résistantes aux antibiotiques favorisée par les pratiques de tourisme médical. Et d’en appeler à la lucidité des aspirants touristes médicaux, invités à bien poser le problème en terme de bénéfice-risque.

Depuis lors, s’est opérée ce que l’on pourrait appeler une petite révolution à finalité clairement lucrative. Un, il faut se rendre à l’évidence, le tourisme médical s’est banalisé. Des centaines de milliers de voyageurs se rendent aux quatre coins du monde pour s’offrir des soins à moindre coût. Et le phénomène est planétaire. Deux, il n’est plus question à présent de laisser les hôpitaux américains, allemands ou britanniques se lancer seuls dans la course. D’autant qu’ils ont déjà pris une certaine avance sur les établissements français et mis tout en œuvre pour séduire les malades étrangers, notamment ceux venant du Golfe ou de Chine.

La délocalisation des soins médicaux est anticipée à 35% de croissance annuelle dans les prochaines années. De telles prévisions s’expliquent non seulement par une réelle compétitivité des prix pratiqués, les délais d’attente infiniment moins longs mais aussi par l’amélioration constante de la qualité des soins et des établissements qui les proposent. Certaines compagnies d’assurance occidentales ne s’y trompent pas qui promeuvent un tourisme médical encadré par des partenariats noués avec des hôpitaux singapouriens ou thaïlandais. Avec 150 000 « touristes patients » par an, l’Inde ne compte-t-elle pas en faire sa seconde industrie à bref délai derrière celle des technologies de l’information ?

Le sujet en France n’est plus tabou.

Une plus grande sollicitation des malades étrangers solvables, au seul prix moyen du marché mondial, et non plus au tarif bradé de la Sécurité sociale, procurerait un afflux de recettes nouvelles aptes à résorber une partie des déficits français. Les pires pourfendeurs de la tarification à l’activité et des pratiques commerciales dans le domaine de la santé se rallient désormais à la cause : il faut sauver le soldat CHU et avec lui les navires amiraux du maillage sanitaire national. L’AP-HP a ouvert le feu  l’année dernière en signant un accord avec une société implantée dans une dizaine de pays du Moyen-Orient pour organiser et développer l’accueil de patients locaux en France. Pratiquement, ce partenaire assure l’envoi et la réception des dossiers, l’établissement des visas, les transferts des malades, la sécurisation des paiements. Il sert en outre d’intermédiaire entre les hôpitaux parisiens et les assurances privées ou publiques des Etats concernés. Enfin, il défriche la piste de la vente de conseil en organisation de soins, marché jusqu’alors trusté par les allemands.

La direction de l’Assistance publique – Hôpitaux de Marseille annonce à présent sans complexe la couleur en proclamant vouloir devenir le CHU de la Méditerranée. Et vendre pour cela l’ultraqualité de sa médecine dans le domaine de la chirurgie de la main, de la radio-chirurgie et de l’ophtalmologie. On peut se tromper mais il nous semble bien que ce discours-là  soit  très marketing. Et c’est bien ainsi. Demain, à l’instar de ce qui est pratiqué outre-Rhin, un service polyglotte au sein de chaque hôpital sera exclusivement dédié à l’accueil des patients étrangers, développera une formation spécifique du personnel et mandatera une agence pour organiser les voyages sur les salons du tourisme de Doha, d’Abu Dhabi, de Hong-Kong ou de Kuala-Lumpur où seront envoyés les médecins en charge de la promotion de leur établissement.

Le tourisme médical n’a bien entendu de tourisme que le nom. Pour accompagner le développement de ces « voyages pour traitement », des agents de santé d’un type inédit apparaissent, opérant tant en  outgoing qu’en incoming. Des agents  pour qui les questions de logistique et d’organisation ne recèlent aucun mystère. Des agents qui sont conduits à écarter le régime applicable aux ventes de voyages à forfait, pour des questions évidentes de responsabilité, au profit de celui du contrat de mandat.  Des agents de santé-voyages en quelque sorte qui sont en train de façonner les contours d’une nouvelle profession.

Roch  GUILABERT.

Programmes de COVOS BAXON SANTE. Pour tous contacts : Roch Guilabert - Dr Patrick Espinosa. Tel : 01 55 20 23 83.

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commentaires

Soins dentaires en Hongrie avis 29/01/2018 13:01

Merci pour cet article édifiant, article à charge mais très intéressant !