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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 15:20
DANS LE VIN LE VOYAGE

 

Etre né, avoir grandi, chaque soir s’endormir à Itapipoca, au cœur du petit Etat du Ceara, et rêver jusqu’à l’obsession de découvrir un jour la Cité des vins de Bourgogne, oui c’est possible. Surtout si la passion du vin est héritée d’un père grand amateur de Chambolle-Musigny, Nuits-Saint-Georges et autres Pommard, le seul luxe auquel il ait jamais sacrifié. Un maître qui a su transmettre cette passion sans avoir mis le pied, de toute sa vie, sur un autre sol que celui du Brésil.
 
Ce voyage se fera donc pour deux. Il aura nécessité quelques sacrifices financiers pour le fils vertueux, soucieux d’économiser jusqu’au moindre centavo durant trois ans pour l’entreprendre. A présent, tout est prêt. Dans deux jours, il reliera par un fil invisible la rua Ana Luisa Braga de son enfance à la vallée de la Saône.
Pour son premier voyage en Europe, il ne visitera ni le Colisée ni Buckingham Palace ni même la Tour Eiffel, au grand désespoir de ses proches. Mais il saura, à son retour, si le vignoble de la Côte de Nuits et les coteaux du Mâconnais ressemblent bien aux tableaux qu’il avait dans la tête.
Son périple a été méticuleusement pensé. Il sera scrupuleusement respecté. Sans doute se souviendra-t-il en découvrant le château du Clos de Vougeot de ce que lui dit un jour son père dans ce coin du cellier qui lui servait de bureau : « Sais-tu que la région de Bourgogne compte autant de grands crus que la vie du Christ a compté d’années ? C’est un signe, ça ! ». Court silence, hochement de tête faussement pénétré puis l’homme, devant le regard perplexe de son fils, de partir d’un grand éclat de rire aussi troublant, pour un enfant de neuf ans, que la question posée.
 
Faire le grand écart. C’était l’expression ambigüe mais consacrée dans la famille pour évoquer un voyage au-delà de l’océan. Elle rassurait. Celui qui partait ne partait jamais tout à fait. C’était aussi et surtout plonger au cœur de cette photographie trentenaire posée dans son cadre sur le buffet du salon et qui représentait un groupe de Chevaliers du Tastevin, en tenue d’apparat, lors du défilé de la Saint-Vincent tournante à Vosne-Romanée. Depuis toujours, les cinq personnages qui posaient avaient fasciné petits et grands et fait l’objet de longues contemplations. Aller à leur rencontre ferait simplement s’animer cette image débonnaire et souriante de lointains parents.
Ce fut au cours d’une soirée bachique entre voisins, au numéro 5, travessa João Cordeiro, qu’un ami de la famille raconta son long voyage en France et son passage par les Hospices de Beaune. Un récit propre à fabriquer toutes les envies de l’Eden. Ce soir là, les convives jugèrent un rien étrange qu’un hôpital pût tirer une partie de ses revenus de la production et de la vente d’alcool. Mais bon. La conversation fît heureusement long feu. Le moment était venu que chacun attendait : la dégustation du Griotte-Chambertin livré la veille. Comme toujours, son père officiait. Il déboucha la troisième bouteille du coffret en partant de la gauche, ce qui prit une bonne dizaine de minutes. Le rite, imposé, intégrait de nombreux commentaires, propres à ménager le suspense. Le verre à base arrondie fut brandi, comme toujours, pour une muette bénédiction et le vin versé. Suivirent les inévitables considérations savantes sur la robe rubis et le nez expressif de ce millésime 2008. Puis, deux minuscules gorgées rapides, comme toujours, pour ouvrir la route, alerter les sens et préparer le palais. Enfin, le trait majeur, exécuté les yeux mi-clos et gardé longtemps, trop longtemps en bouche. Puis le verdict, l’issue d’un rêve exaucé et ce cri espéré et lancé dans un grand sourire, comme à chaque fois : « Meu Deus ! Mais ce vin là vous embrasse ! », sous une salve d’applaudissements.
 
C’est ainsi que l’idée s’était inexorablement imposée de concevoir un séjour sensoriel au cœur de ces terres généreuses et lointaines. Le programme retenu devait combiner le festival de Montgolfières en Côte Chalonnaise, l’itinéraire de caves en caves du Cru Viré-Clessé, incontournable, deux ou trois randonnées improvisées en solitaire, moments indispensables et, bien entendu, le concert de Daniel Peixoto, artiste originaire de Fortaleza dont la tournée européenne passait, au même moment, par Meursault. Une manière sans doute d’unir terroir de naissance et terroir choisi.
Le bagage sera léger. Aussi peu d’effets que de préjugés. Pour faire place aux surprises et aux imprévus, espérés nombreux. Sur chaque route empruntée, la quête des bouquets, fruité du Pinot noir ou minéral du Pouilly-Fuissé, la découverte du Clos des Lambrays et de son ennemi intime le Domaine Eugénie, l’invitation au mariage éphémère de Bach et de Bacchus et l’expérience envoutante des marchés nocturnes. D’ouvrée en ouvrée, l’itinéraire se construira comme un parcours d’initiation aux traditions toutes bourguignonnes de penser la vigne heureuse. Dans l’arôme du vin, il y a toujours la promesse d’un voyage. Et pour cette somme offerte de bonheurs simples, obrigado.
 
Didier TURCAN
 
La Bourgogne et les parcours VinoPass de Covos Baxon - Contacts : Roch Guilabert – Anne LE CALVE – Tel : 01 55 20 23 83 – Covos Baxon et Sembat Tourisme, partenaires de L’ENTREPRISE EN MOUVEMENT.
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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 16:33
LES  LARMES DU CONGO

 

Troisième prise, le regard n’est pas même humide. Rien ne coule sur cette joue sèche et brun-dorée.

Coupez ! Excusez-moi, dit Hélène, reporter. Il faut que le télé-spectateur français soit convaincu et soit ému en vous écoutant. Et là …. .

Vous ne me croyez pas, dit Polly, originaire de Butembo dans le Nord-Kivu. Puis, dans un sourire : et pourtant, c’est vrai vous savez.

Non, ne souriez pas s’il vous plait, dit Hélène, enfin, pas quand on tourne. Et s’adressant au cameraman : c’est compliqué, on va pas y arriver. Bon, on la refait une dernière fois et on arrête.

Et la jeune congolaise de raconter, à nouveau, son viol collectif. Puis de détailler les sévices endurés. Il y a huit mois  de cela, elle a subi toutes les souffrances imaginables plus toutes celles qui ne le sont pas. Elle en fait un récit presque banal sur un ton monocorde et sans émotion. Elle ne porte même aucun jugement sur ses tortionnaires, bêtes à deux jambes qui écument la région-est de ce pays dévastée par  une guerre civile qui n’intéresse pas vraiment la communauté internationale.

Sur ce territoire au nord des Grands Lacs, le corps des femmes est devenu une arme, une prise de guerre. Les tortures sont infligées au cours d’un spectacle public auquel sont conviés grands-parents, parents et enfants des victimes. Pour la postérité du geste, pour l’exemple et la mémoire. Un jour la guerre s’arrêtera faute peut-être de proies faciles mais le souvenir, lui, restera. C’est le but recherché. Et atteint. Les marques corporelles et psychologiques seront indélébiles.

Il a le don des larmes, disait Michelet de Saint-Dominique. Polly, elle, n’a pas ce don. Elle ne propose que son corps meurtri à jamais et qu’elle dévoile bien volontiers pour emporter la compassion juste avant peut-être, enfin, la révolte et la délivrance.

13 février. Hôpital de Panzi, Sud-Kivu. La conférence de presse du Docteur Denis Mukwege touche à sa fin.

Hélène C. , du Soir, Bruxelles. Docteur, on vous prête les plus hautes ambitions politiques. 2015 sera une année électorale au Congo. Vous présenterez-vous ?

Madame, depuis quinze ans je me suis efforcé de soigner plus de trente mille femmes victimes de violences sexuelles dont vous ne soupçonnez pas la sauvagerie. Mais j’ai conscience de ne m’attaquer là qu’aux conséquences hideuses d’une guerre qui a pour origine et pour fin ultime l’appropriation du coltan, de la cassitérite, de l’étain et de l’or qui sont la richesse du sous-sol du Congo oriental. Il faudra bien, un jour, s’occuper des causes de ces exactions chroniques. Mais je pense qu’à lui seul le gouvernement de Kinshasa en est bien incapable.

18 février. Locaux de l’Ecole Belge de Goma, au nord du Lac Kivu. Sous la présidence de Bernadette Ntumba, le Bureau de l’Association des mamans chrétiennes pour l’assistance aux vulnérables (AMCAV) met la dernière main à sa pétition qu’elle destine au Secrétariat Général des Nations Unies. Combien de rapports officiels seront-ils encore nécessaires, combien d’observateurs devront-ils être encore dépêchés pour décider les autorités internationales d’intervenir ? Les écrits sont-ils encore utiles qui ont épuisé tout le vocabulaire de l’horreur pour décrire une situation dont le monde entier est désormais parfaitement informé ? Certes, on dispose bien de ces nombreux forums, censés être des relais, qui se succèdent dans le but « d’ajuster les degrés du curseur à partir desquels on peut objectivement parler de génocide » (en swahili dans le texte). Où il se trouve toujours un spécialiste pour déplorer l’absence d’homogénéité des massacres. Ce qui interdit scientifiquement de solliciter les concepts alarmants. Mais pour le reste, sur le terrain, du sang et rien d’autre.

Où sont-elles les larmes du Congo ? Le sang, lui, on le voit. Il est partout. C’est un flux qu’on ne maîtrise pas et qui se répand à la première lésion. Les larmes, non. Pleurer est culturel. On ne passera pas l’interview de Polly à l’antenne.

 

Didier TURCAN.

Panzi Hospital – Program manager – susanne.allden@gmail.com - +243819092158  -  Covos Baxon, partenaire de L’ENTREPRISE EN MOUVEMENT – Contact : Anne LE CALVE – Caroline MOULIN – Tel : 01 55 20 23 83.

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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 18:43

 

AMSTERDAM

 

.  Cher ami, mon cher Andreas, décidément votre langue est tout à fait incompréhensible.

.  Rassurez-vous, Pierre, nous ne sommes que dix-sept millions d’individus au monde à la parler. Et puis, de toute manière, nous parlons la vôtre. Bienvenue à Amsterdam.

Venu préparer ce comité de direction programmé au dernier moment dans la cité néerlandaise, Pierre dormirait ce soir au Conservatorium, l’ancien conservatoire de musique de la ville reconverti en hôtel de luxe. Il serait ainsi à deux pas du Stedelijk Museum que les Amstellodamois surnommaient « la grande baignoire ». Il y ferait un saut à l’heure du déjeuner.

La journée s’annonçait chargée. En fin de matinée, il rencontrerait le nouveau directeur de l’EYE Film Institute, sur la rive nord du Lac IJ, où se déroulerait la soirée du Comex. Tôt dans l’après-midi, il serait présenté au très célèbre designer Marcel Wanders, pressenti comme intervenant, à  la Moooi Gallery dans le quartier de Jordaan, à l’ouest du Dam. Plus tard dans la journée, il découvrirait les boutiques de l’Hôtel Droog  qu’on lui avait particulièrement  recommandées.

Andreas se chargerait de la soirée. Une table serait retenue au restaurant Hôtel de Goudfazant, dont le nom se veut un simple clin d’œil aux Trois Faisans de Brel. 

Ce n’était pas la première fois que Pierre  venait à Amsterdam. Il se sentait bien dans cette ville, modèle de ville compacte, qui favorisait le maximum de diversité dans un minimum d’espace. Et qui assumait ainsi selon lui le principe même de ville et d’urbanité.

Quelle que soit la saison, Amsterdam n’est jamais anodine. Austère l’hiver, voire désespérément mélancolique, la ville se lâche l’été façon Woodstock, version revue  et corrigée.

Chaque nouvelle visite est l’occasion de découvrir de nouvelles zones de turbulences créatives qui font revibrer de vieux quartiers. Et donne un flot de raisons d’être là dans une ville à laquelle Rembrandt décida, un jour, d’emprunter son or et ses rouges.

Le passé et le présent s’y côtoient mais sans  jamais vraiment  rechercher la synthèse ni même un semblant d’harmonie. A des bâtiments historiques de brique rouge se greffent  parfois  d’étonnantes structures de métal ou de verre qui surprennent  le regard et chahutent un instant  la raison. En quelques pas seulement, le promeneur passe-t-il ainsi de l’époque où Verlaine donnait ses conférences à la Maison Couturier sur le Keizersgracht  à l’univers architectural décalé de Jo Coenen.

. Voyez-vous, Pierre, ici nous appliquons sans crainte ce principe qui vous effraie encore un peu dans votre pays : c’est parce qu’ils construisent pour l’éternité qu’il faut des architectes libres. Vous osez bien, chez vous, quelques audaces en urbanisme mais elles sont encore timides.

. Amsterdam est porteuse de récits multiples, Andreas. Ce qu’elle a réussi de mieux, ce sont ses ambiances. Il me semble que vous attachez trop d’importance à la ville visible. Les architectes, tout aussi talentueux soient-ils, ne sont pas des démiurges. Ils proposent mais les citadins disposent. Ce sont eux qui adoubent les monumentalités nouvelles et, eux seuls, qui décident d’en faire des lieux de vie et d’urbanité.

C’est à un peintre originaire de Breda que l’on doit ces deux toiles mises à l’encan la veille à la galerie Adams. La première représente une vue imaginaire d’Amsterdam qui reconstitue plusieurs quartiers en un seul. D’un seul coup d’œil, le spectateur identifie la ville contemplée sans prendre conscience qu’il s’agit d’ un patchwork. Aucun édifice connu n’est repérable. Les seuls repères sont les couleurs de la ville qui vont de l’incarnat du quartier de De Wallen au célèbre bleu de Delft. La seconde toile est une représentation très réaliste, presque vivante du Vondelpark. La sensualité qui s’en dégage est palpable. Nous sommes  là plongés au cœur du jardin des hédonistes et des amours libres. Ce cacatoès semble vrai. On croit le voir progresser lentement le long du  tronc de cet arbre près de cette femme trop brune attablée à la terrasse du Café Vertigo.

La ponctualité est une qualité très appréciable chez les néerlandais. Le programme projeté pour ces deux jours aura été respecté à la minute près. Tout aura été calé. Et tout sera en place le moment venu. La gare centrale à Amsterdam est au bout du Damrak. Sur le quai, comme d’habitude, un minimum de mots et pas de phrases inutiles.

. Au revoir, Andreas. Et merci.

. Totziens, Pierre. Goede reis.

 Didier TURCAN.

Amsterdam, ville élue au titre des parcours Emotion , missions, urbatours et destinations meetings de Covos Baxon. Devis, conception, organisation, accompagnement : Roch Guilabert – Anne LE CALVE – Tel : 01 55 20 23 83. Covos Baxon, partenaire de L’ENTREPRISE EN MOUVEMENT.

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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 23:29

 

 FRANCE

C’est un projet à contre-courant, si l’on ose dire. Un projet digne des Trente Glorieuses.

Le marché de la croisière est partout en pleine croissance. Partout, sauf en France. C’est pourtant un entrepreneur français, entouré d’une équipe de concepteurs français, qui a imaginé voilà cinq ans de lancer un paquebot de croisière de luxe battant pavillon français - avec tout ce que cela implique -  au design résolument contemporain et au nom bien marqué : le FRANCE.

Son ambition : proposer l’excellence française afin de reconquérir les mers. Et les océans. Rien de moins. Son architecture : en rupture avec celle de ses congénères, gigantesques villes flottantes. Sa capacité : 800 passagers, 600 hommes et femmes d’équipage. Son créneau : le luxe, à tous les étages et dans les moindres recoins. La proue effilée, la poupe entièrement ouverte sur la mer en plusieurs ponts superposés en terrasses, la coque du FRANCE sera blanche, toute blanche. Avec, s’il vous plait, chaloupes incorporées, parfaitement invisibles. Au cœur du navire, l’indispensable salle de spectacle sera équipée d’un dôme de 18 mètres de diamètre. Et le must, à l’avant, un spa entièrement vitré à bâbord et à tribord, comme offert à la mer.  

Entre les deux superstructures, évocation des cheminées rouges et noires de l’ancien FRANCE, se nichera un jardin palmeraie de plus de 1 500 m². Ce sera la note un  peu  kitsch de cette réalisation qui fera se côtoyer une gastronomie  ducassienne, une décoration raffinée à l’extrême et une technologie de pointe. L’ensemble concourant à renouer avec une certaine idée de la croisière et une idée certaine de la France.

Le FRANCE sera un modèle d’écologie. La forme adoptée vise à minimiser  la trainée, diminuant ainsi la résistance à l’avancement. Sa vitesse, très raisonnable, sera  d’environ 15 nœuds malgré un faible tirant d’eau. Toutes les solutions existantes en matière de motorisation et d’éclairage ont été adoptées pour contraindre la facture énergétique du bâtiment.

Le coût de ce magnifique projet est de 400 millions d’euros. La constitution du tour de table a démarré au début de l’année qui permettra d’accéder à une dette d’un montant équivalent à celui du capital  de la société créée à cet effet. Plusieurs investisseurs internationaux étudient le dossier. Les chantiers de Saint-Nazaire entameront la construction du nouveau FRANCE début 2015, prévue pour s’achever trente mois plus tard.

Didier SPADE, président de Seine Alliance et initiateur du programme était ce soir là l’invité du Club 5 Frédéric Bastiat qui lui avait proposé de faire une courte escale rue Cujas dans le cinquième arrondissement de Paris. A l’issue de sa conférence, ce Fitzcarraldo des temps modernes a les yeux qui pétillent d’enthousiasme. Le sourire est celui d’un enfant. Il répond à toutes les questions et semble s’intéresser à toutes les remarques. Mais à la différence du célèbre baron péruvien, il ne rêve pas d’opéra mais d’écume. Rendez-vous à l’été 2017.

Roch GUILABERT.

Pour la conception et l’accompagnement de tous  projets MICE (meetings, incentive, conferences, events) sur mer … ou sur terre, Roch GUILABERT, Anne LE CALVE – Tel : 01 55 20 23 83. Covos Baxon, partenaire de L’ENTREPRISE EN MOUVEMENT.

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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 18:00

 

MALTE 1

 

A quel moment de son passé la Méditerranée a-t-elle jamais été en paix ? Nous faudra-t-il attendre que tous les Etats concernés soient gouvernés selon les mêmes principes pour constituer des alliances économiques régionales ? Les raisons doivent-elles être obligatoirement historiques d’une coopération accrue entre les pays riverains de la Méditerranée ?

Ce chef d’entreprise trentenaire et catalan, conférencier de la 3e édition du Forum des Young Mediterranean Leaders tenu à La Valette au début de l’automne était bien décidé à mettre les pieds dans le plat.

 

« Le Processus de Barcelone tarde peut-être à trouver un second souffle mais le rapprochement entre les deux rives de la Méditerranée a quelque chose d’inéluctable. Nous le savons tous. Et le constat s’impose : l’Union pour la Méditerranée se fera sur la base et à partir d’accords de terrain conclus entre les acteurs économiques des deux zones. C’est aux entreprises de montrer la voie du rapprochement. Un nouveau dialogue nord-sud, régionalisé, va prendre corps. Les Etats suivront, ou non, ce n’est plus la priorité. Ce n’est même peut-être plus très important.

Le précédent orateur a insisté sur l’impérieuse nécessité, pour faire progresser l’Union pour la Méditerranée, d’ignorer les conflits étatiques locaux. Il a raison. On ne peut briser le processus de l’Union pour la Méditerranée simplement parce qu’on n’obtient aucun résultat tangible dans les conflits sous-régionaux présentés comme des irrédentismes. En décembre 2010, la presse internationale s’est faite amplement l’écho – pendant quelques jours seulement – d’une collaboration de plus en plus poussée entre les entreprises israéliennes et les entreprises palestiniennes quelque part du côté de Bethléem. Qui en parle aujourd’hui alors que les ingénieurs de ces mêmes entreprises continuent pourtant de travailler quotidiennement ensemble ? De la même manière, parlons-nous de cet investisseur originaire de Césarée qui s’est récemment associé avec un entrepreneur de Ramallah pour lancer un fonds de capital-risque ayant pour objectif l’aide à la création d’une douzaine de start-up dans le secteur de l’information et de la communication ? Ajoutons à la confusion et à la perte des repères : Google, Cisco Systems et George Soros participent au capital. Citons encore ce « Club PPP » - pour Partenariat Public Privé – largement inspiré de pratiques britanniques et à présent françaises, qui regroupe l’Egypte, la Jordanie, le Maroc et la Tunisie en vue de permettre aux entreprises qui en sont à l’origine d’alléger la charge d’Etats exsangues dans le domaine des services publics. La liste serait  longue de ces nombreuses initiatives lancées en toute indépendance des conférences politiques internationales. Elle pourrait avantageusement se clore par l’évocation de ces multiples connexions transméditerranéennes du projet Medgrid destiné à renforcer la sécurité des approvisionnements et la rentabilité des programmes sud-méditerranéens de production d’électricité. Un projet que le printemps arabe n’a pas même perturbé.

 

Vous conviendrez avec moi que la coopération autour de la Méditerranée, eh bien, elle tourne du côté des acteurs économiques de tous bords et de toutes nationalités quand elle se nécrose du côté des représentants politiques. Le phénomène invite à revendiquer, plus que jamais, une part croissante de pouvoir dans la direction des hommes au profit de la société civile. Et d’abord qui sont-ils ces politiques qui s’opposent en permanence et se complaisent dans l’immobilisme ? Au pire des autocrates, au mieux des élus minoritaires arguant d’une légitimité qu’ils ne tiennent que d’une fiction juridique. On devient chef d’Etat après avoir été désigné, au premier tour d’une élection, par 20% à peine des votants, soit entre 10 et 15% du corps électoral. Et un candidat ne devient l’élu de la « majorité du peuple » qu’au terme de savants stratagèmes, montages, arrangements avec la démocratie et le vote populaire, fausses fusions d’intérêts et rapprochements en tous genres qui volent en éclats quelques jours seulement après l’élection.

Dans une situation économique extrêmement tendue, comme c’est le cas aujourd’hui, on ne peut plus se satisfaire de ce statu quo idéologico-politico-juridique. Il nous faut alors inventer autre chose qui ne soit pas exclusivement fondée sur la quête de la représentativité politique. En se gardant d’y substituer d’autres pouvoirs ou magistères qui agiraient sur mandat mais qui ne feraient que reproduire des schémas improductifs. La société civile économique réclame seulement plus d’espaces de liberté pour agir au mieux des intérêts de tous et s’adapter aux circonstances. Les entreprises savent faire. L’Europe a rendez-vous avec son sud et l’Union méditerranéenne passe par les entreprises. Ayons soif d’initiatives concrètes » conclut l’orateur.

 

Le sirocco avait soufflé toute la nuit et le Grand Port n’avait pas vraiment préservé des rafales venues du sahara tunisien. A présent, le temps était clair et du Mediterranean Conference Center, tout proche du Fort Saint-Elme, les côtes de Sicile se distinguaient nettement. La sérénité de sa pierre dorée faisait oublier que la ville, jadis forteresse imprenable, avait subi bien des outrages, depuis le long siège de Soliman le Magnifique jusqu’aux pillages napoléoniens. Aujourd’hui,  qui pourrait mieux symboliser, résumer ou anticiper le dessein méditerranéen que les entreprises de  cette île-pays, Malte, dont on ne sait encore si elle est un  morceau d’Europe ou un fragment dérivant d’Afrique du Nord ?

 

Didier TURCAN

Congrès, conférences, colloques et MICE meetings – Devis, conception, organisation, accompagnement : Roch GUILABERT, Anne LE CALVE – Tel : 01 55 20 23 83. COVOS BAXON, partenaire de L’entreprise en mouvement.

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 17:07

BB CHIC

 

 

En commun, ils ont la  seule  particularité d’être nés dans une  maternité célèbre  fichée au cœur de ce prestigieux arrondissement de l’ouest  parisien. Ce qui les distingue des autres bébés ?  Rien.  Sauf d’avoir poussé leurs  premiers cris, et pris leur premier bain, livrés aux  mains fébriles  de papas maladroits,  à deux pas du Palais de Chaillot.   Le plus souvent, ils s’en éloignent  bien vite pour gagner le berceau familial qui les attend quelque part sur la rive droite ou sur la  rive gauche.

Mais qui sont donc ces bébés chics dont  on parle tant et dont la réputation est si vite établie ?  Ils  s’apprêtent à partager  leur enfance  entre le parc Monceau,  le Champs de Mars et Montsouris. Ils vont constituer, c’est sûr,  le gros des troupes des écoles privées.  Ados, on les retrouve  du côté du Jardin du Luxembourg ou de l’Observatoire. Jeunes adultes, ils investissent  des quartiers qui somnolent pour leur donner une seconde chance. Ce qu’ils deviennent, en réalité, n’intéresse plus grand monde. Ils grandissent  anonymes  mais ils continuent de vivre comme ils sont nés, dans la fureur de la capitale.

Et puis,  ils décident  un jour de faire parler d’eux en toute conscience. Comme pour faire se souvenir de leur existence les pourfendeurs de discrimination négative.  Alors, ils se  recherchent, et se trouvent, ils se  répertorient, puis ils se contactent. Pour eux, c’est  un jeu d’enfants. Très vite,  ils   constituent  une communauté de réseau. Comme ils disent.  Et dans la foulée,  ils conviennent  d’ organiser une soirée,  leur soirée,  à la santé  du bon vieux temps. Une soirée privée, bien entendu.  Ils choisissent un  lieu plus branché que moi tu meurs sur les bords de la Seine et pan en plein dans la ville. Un lieu où il faut montrer patte blanche.  Un lieu réputé pour être très… chic.  Pouvaient-ils avec raison  et  pour ce  moment d’existence révélée,  retenir  un endroit banal ou déclassé et s’exposer   ainsi  au  reproche  de lèse-renommée ?  Etre stigmatisé  dès les premiers pleurs de sa vie peut  donner  le goût du défi et de la provocation  qui toujours préserve  des jugements sans nuances.

Soirée donc dans Lutèce en folie. Une ambiance chaude et conviviale. Aux platines, Lady Lo, cru 1985, une  excellente  année  aux dires mêmes de l’intéressée. Ils ont tous les âges, entre 18 et 40 ans. Les plus vieux n’ont pas osé. Pas l’envie qui manquait pourtant. Chacun y est allé de sa participation, en espèces ou en nature. Plusieurs  marques de boissons ont été sollicitées. Le traiteur s’est montré raisonnable.

Au bar, presque sagement alignés quelques shots de vodka-biberons. Une évocation facile. En quelques années, les goûts ont évolué. L’époque a fabriqué une génération de bébés hic, grande amatrice de cocktails pas franchement moroses. Pas tous les jours, certes, qu’on commémore une vingtaine de portées.

Mais déjà les premières lueurs de l’aube. Hier encore on ne se connaissait pas et ce matin on  partage  des souvenirs intimes. Rappelle-moi, c’était quoi le nom de  ton périduraliste ? Il  faut que je demande à ma mère, si ça se trouve, on a eu le même… . Pour finir,  on  promet  de ne pas se perdre de vue et même de recommencer, de projeter une autre cousinade mais sur un bateau cette fois. On baptisera l’événement la « BBC Cruise ». Dès le mois prochain, les premiers flyers seront envoyés. On saura bien trouver des sponsors et de nouveaux partenaires  puisqu’il parait que tout nous est acquis.

Ces bébés-là, chics, ils n’étaient peut-être pas au départ  mais chics ils sont devenus. Au point de vous considérer  avec attendrissement  quand vous leur faites encore  le compte de ce qu’ils ont coûté en naissant, eux qui n’avaient     rien demandé. Ou qui n’avaient  pas encore eu le temps. Certes, vous pouvez toujours continuer de vous interroger sur leurs origines et leurs manières de tétines dorées. Oui, vous pouvez. Mais  comme on dit  par chez eux, dans cette contrée coincée  entre l’avenue Paul Doumer et la rue de la Pompe,   interrogez-vous, interrogez-les,   la muette seule  vous répondra. Dites, et s’ils partageaient tous un bien mystérieux  secret ? Et s’ils étaient tous gardiens d’un pacte qu’ils se sont engagés à ne jamais révéler ? Dites, allez savoir.

Place du Trocadéro, le premier  pigeon vient de se poser sur le crâne nu du Maréchal Foch. Comme à son  habitude, il semble  l’ignorer  et continue inlassablement  de  toiser   l’horizon. La circulation tournoyante a repris, Carette et le café Kléber disposent leur terrasse, le Parvis des droits de l’homme se fait beau pour  de nouvelles utopies,   bref  le quartier s’anime et les bébés chics vous saluent bien.

Didier TURCAN

Tous projets de conception et d’accompagnement de projets MICE (meetings, incentive, conferences, events), valauval et COVOS BAXON – Anne LE CALVE – Roch GUILABERT – Tel : 01 55 20 23 83. Covos Baxon , partenaire de L’entreprise en mouvement.

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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 11:57

BULGARI LONDON

 

Elle est de celles dont on fait les palais, les cathédrales mais aussi, les hôtels de luxe.

Tel  ce dernier né de l’enseigne Bvlgari, ouvert à Londres dans le quartier huppé de Knightsbridge. A proximité du magasin Harrods, du Royal Albert Hall et de Hyde Park, il se sait en famille,  en terre d’excellence. Une façade soulignée de bronze laisse deviner le raffinement qui attend derrière, fait de granit, de marbre noir et d’essences précieuses. Ses concepteurs en font très volontiers  l’aveu :  l’hôtel  Bvlgari dans sa version britannique est une œuvre d’art. Il est posé là, à cet angle de rue, comme le bijou est serti sur la bague. Parfaitement ajusté. Il est incrusté dans ce prestigieux morceau de ville et ses lignes droites en prolongent l’harmonie.

 Le Bvlgari London est une étape de plus dans l’élégance extrême propre aux fulgurances des créateurs  de mode qui revisitent à présent le produit hôtelier sur le mode tentures imprimées et personnels en livrée. C’est entendu, les lieux d’implantation demeurent très rigoureusement choisis. Lacroix, Kenzo  Takada, Armani, Ferragamo, Rosita Missoni et Bvlgari ne se commettent  pas encore. Mais cela viendra. Dès qu’ils seront sollicités pour aider les villes à grandir et permettre l’émergence de nouveaux quartiers. Dès qu’ils seront étroitement  associés à  cette  stratégie dite « du grappin » qui génère de nouvelles centralités partout où elle est mise en œuvre. Qu’ils puisent leur inspiration, et leur matière première, dans une île brumeuse du comté de Dorset ou ailleurs, ils mettront leurs talents au service d’une expansion urbaine sereine, paisible mais déterminée.

On pensait l’époque révolue quand un prince, le dernier sans doute des rivages de la mer d’Oman, en hommage à son épouse disparue, fit édifier un mausolée tout en pierre de Portland. Au crépuscule, les ocres clairs du monument servirent très tôt de repère aux nombreux navires qui croisaient au large, en provenance du Golfe Persique. Sur terre, les pèlerinages et les visites touristiques se firent chaque mois plus nombreux à toutes saisons. En quelques années seulement, les espaces vacants entre le mausolée du littoral et les limites de la proche ville de New Pasni se comblèrent de constructions diverses, de boutiques et de lieux variés de résidence, de loisir et de détente.

L’âme d’une défunte venait  ainsi  susciter  en un lieu improbable une convivialité nouvelle. La flânerie dans le but de recueillement ou mue par la simple curiosité avait créé un plus de ville qui projetait la ville- centre vers la mer. Les années suivantes verraient l’aménagement d’une promenade côtière et de sentiers balisés. Pour la première fois de son histoire, New Pasni serait  visible de loin. Elle aura  grandi, elle aura  bougé. En très peu de temps. Confirmant avec éclat et de preste manière  que  la forme d’une ville  change plus vite que le cœur d’un mortel.

 

Didier TURCAN.

Les parcours urbains, missions et urbatours de Covos Baxon. Contacts : Didier TURCAN, Roch Guilabert, Caroline Moulin – Tel : 01 55 20 23 83. Covos Baxon, partenaire de L’entreprise en mouvement.

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 14:44

Gaz 1

 

Elle se mène sur un double front.

L’amphithéâtre  était  bondé. Seul, debout derrière un pupitre blanc, les bras écartés, il plissa un court  instant les yeux comme pour distinguer quelque chose ou quelqu’un dans le public, toussota discrètement et  commença   son exposé.

C’était la troisième fois depuis le début du mois qu’il traitait du sujet, la quinzième depuis le début de l’année. Chercheur  associé à l’Institut Thomas More, il était  régulièrement invité aux conférences de l’Agence Internationale de l’Energie qui se tenaient un peu partout dans le monde. Aujourd’hui, Anapa  était la ville hôte des Rencontres  Europe Asie de l’Energie où il était arrivé la veille, en provenance de Genève.

Malgré des enjeux considérables et l’implication d’un nombre croissant d’Etats, la guerre des tuyaux – entendre  gazoducs – se mène encore dans un climat feutré, pour connaisseurs. Sous des noms  de code variés – Nabucco, South Stream, North Stream, Blue Stream, transadriatic- elle suscite des alliances à géométrie variable qui se font, se défont ou se croisent au gré des marchandages en marge des grandes conférences. Pour tenter de capter le gaz d’Azerbaïdjan et de la Caspienne, l’Europe agit, une fois de plus, en ordre dispersé, en participant à plusieurs projets et  en floutant ses convictions.

De son côté, pour l’acheminement de son gaz vers l’ouest du continent, la Russie veut échapper au chantage permanent de l’Ukraine qui ne rate jamais l’occasion de manifester sa volonté d’émancipation. Alors, Vladimir creuse, recreuse et creuse encore sous la Mer Noire puis sous la Baltique malgré les protestations des écolos suédois et finlandais.

Certains, parmi ces projets, visent directement l’alimentation en gaz de pays se trouvant hors du cadre continental européen mais particulièrement sensibles. Ainsi de Blue Stream II, appelé à satisfaire les besoins d’Israël.

La  guerre des tuyaux vient rappeler qu’un gisement de gaz, aussi riche et vaste soit-il ne vaut que par les moyens mis en œuvre pour livrer sa production à ses clients. Et dans cet enchevêtrement de projets de pipe-lines, créé au niveau des Balkans, un pays semble se présenter comme un partenaire incontournable : la Turquie. Par son positionnement et l’étendue de son territoire, la Turquie est en mesure de devenir un véritable hub stratégique énergétique aux confins des intérêts russes et européens. En réalisant peut-être, et c’est la thèse de l’orateur, comme une sorte de synthèse  de ces mêmes intérêts.

Un autre front s’est ouvert avec la révélation, le mot n’est pas trop fort, de l’existence des gaz de schiste. Il n’est plus question, cette fois-ci, d’acheminement qui crée ou ravage  les alliances mais bien d’exploitation qui bouleverse les consciences. C’est la préservation de la biodiversité, mise en avant, qui s’oppose à l’indépendance énergétique. Ce peut être la loi qui vient prohiber un mode d’extraction des gaz non-conventionnels, alourdissant un peu plus encore le code minier,  mais c’est un courant d’opinion très minoritaire qui interdit jusqu'au débat et rejette par avance tout progrès de la recherche. Galilée, le retour, quatre siècles plus tard.

Il n’y aurait qu’un pas de l’exploration à l’exploitation. Aussi est-il  hors de question de mettre un seul doigt dans cet engrenage. « No gazaran » comme on dit dans ce département de la région Midi-Pyrénées où l’on s’est montré très impressionnés par cette prouesse technique et cinématographique qui a permis de mettre le feu à l’eau coulant d’un robinet.

Le principe de précaution fait renaître pour l’occasion une vague obscurantiste irresponsable et coupable au regard des défis énergétiques auxquels de nombreux pays, simplement consommateurs, sont confrontés. Et l’orateur d’en appeler à la tenue urgente d’une conférence paneuropéenne indépendante ayant pour objet de faire un point scientifique objectif et sérieux  sur la réflexion et les perspectives proposées par l’exploitation des gaz de schiste.

C’est au moment de conclure qu’il l’aperçut. Elle était au troisième rang, à l’extrême-gauche de l’hémicycle. Impassible, comme à son habitude. Elle assistait, fidèle, à toutes ses conférences où qu’elles se tiennent. Mais elle ne lui posait jamais aucune question, ne demandant  même jamais la parole. Simplement, dès le lendemain, elle publiait un brûlot dans ce quotidien de langue française bien connu où elle l’accusait d’être soit un agent turc, soit un trublion à la solde d’Israël, soit encore un fossoyeur de l’écosystème.

Il s’était attaché à cette étrange groupie et comptait sans doute parmi ses lecteurs les plus assidus. Il acceptait  l’hostilité qu’elle lui vouait sans vraiment la comprendre. Mieux, il  lui répondait, indirectement, lors de ses interventions et un dialogue s’était ainsi noué entre eux, complice.

Le bar du Park Hôtel à Anapa n’invite pas vraiment au dernier verre d’une journée, en conscience,  bien remplie. Au  bas des marches, la plage. Pour y faire quelques pas avant d’aller dormir. Demain, le vol de Berlin se fera via Moscou.

 

 

Didier TURCAN.

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 19:21

  BAKU

 

 

Elles  forment  comme une immense vasque de flammes perpétuelles et immobiles. Elles rappellent que nous sommes au pays du zoroastrisme….. et du pétrole. Les Flame Towers de l’architecte britannique Barry Hugues sont devenues l’emblème de Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan.

Mehriban Alieva, la très puissante épouse du président élu, a la charge de soigner l’image de  Bakou à l’étranger. Elle dispose pour cela de moyens considérables qui  lui permettent de mener à travers le monde qui compte des actions culturelles de grand prestige. A Rome ou à Paris, elle pilote une offensive médiatique tous azimuts visant à associer de nombreuses personnalités cosmopolites  du spectacle et des affaires à la promotion du nouveau visage de Bakou.

Ce jour d’août 2013, elle avait rendez-vous au restaurant du Four  Seasons, un hôtel  style  Beaux-Arts, avenue Neftchitar, avec  un  universitaire français, spécialiste du droit des marques qui devait intervenir le soir même à l’occasion d’une conférence donnée au Centre des congrès Guedar Aliev. Au menu du déjeuner, la stratégie  branding  de la capitale qui devait affronter de nouveaux challenges.

Les enjeux du programme urbanistique Baku White City (BWC), sur les friches industrielles de l’avenue des Ouvriers du Pétrole, ne supporteraient aucune fausse note. Les installations portuaires et les derricks y feraient bientôt place aux réalisations architecturales les plus audacieuses, voire franchement déjantées. La capitale n’en était pas à son coup d’essai question urbanisme décalé. Mais cette fois-ci, le pari était risqué et les autorités  locales étaient bien décidées à ce que Bakou entrât dans le vocabulaire courant des investisseurs internationaux pour désigner l’exemple même d’une transformation urbaine réussie.

« Mais nous ne voulons pas être comparés à Dubaï », martèle sans cesse  Mehriban. Dans un passé encore récent, Bakou n’a pas hésité à emprunter à Londres ses taxis et à Paris ses kiosques à journaux et ses lampadaires Napoléon III. Elle cède à présent, avec tous les moyens financiers conséquents, à cette mode de parvenus qui fait appel aux architectes de renom sans l’intervention desquels les villes n’ont pas le sentiment de s’inscrire dans le siècle naissant. Une sorte de passage obligé, semble-t-il.

L’histoire et la singularité de cette rive de la Caspienne mériteraient peut-être mieux que ces concepteurs sans frontières qui édifient  partout la même ville. Et qui reproduisent leurs flèches en béton vendues  comme autant de traits de génie. Mais Bakou est bien plus que cette ville qui, la nuit venue, scintille façon casino. Son récit est ancien qui plonge dans celui des montagnes du Caucase. Elle est la capitale d’un Etat qui a payé cher sa récente indépendance mais qui n’a aucune croisade à mener, hormis celle de son développement économique et touristique. S’est-il dit, au cours de ce déjeuner, que Bakou ne doit pas chercher à singer les autres villes mais à puiser dans son propre ADN les ressorts de son essor prochain ?

 

Didier TURCAN

 

Bakou, ville élue au titre des destinations meetings, urbatours, missions et parcours urbains de Covos Baxon – Devis, conception, organisation, accompagnement : Roch GUILABERT – Sophie SOLINA – Tel : 01 55 20 23 83. Covos Baxon, partenaire de « L’ENTREPRISE EN MOUVEMENT ».

 

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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 22:43

 

Tourisme spatial 1

 

     

Boulogne-Billancourt, place Marcel  Sembat.  L’agence fait un angle. Enseigne patriarche locale, elle vend depuis un demi-siècle des voyages aux quatre coins de la planète. Avant cette soirée, elle n’avait jamais envisagé de proposer à ses clients des billets pour l’espace, le vrai, celui qui transgresse les itinéraires convenus. C’est fait. Pour la première fois, le tourisme spatial descend dans la rue et s’affiche comme une hypothèse crédible.

L’initiative d’organiser cette réception au cœur de la ville a été prise par le très récent  Institut Européen de Tourisme Spatial. Plusieurs personnalités ont, de bonne grâce, fait le déplacement : deux sénateurs, membres de la commission Espace de la haute assemblée, le directeur adjoint de la Direction Générale de l’Aviation Civile, divers représentants du CNES et des grandes industries concernées. Et bien sûr, le maire de Boulogne et ceux des communes groupées au sein du Grand Paris Seine Ouest.

Que l’on vienne de la porte de Saint-Cloud ou que l’on arrive par le boulevard Jean Jaurès ou l’avenue Victor Hugo, on devine l’agence de loin dans le halo des projecteurs disposés en plusieurs endroits choisis du large espace piétons sur lequel ouvrent ses portes. Ses vitrines ont été, pour un soir, entièrement repensées sur le thème de l’Espace. Dans une lumière bleue, y flottent, suspendues à des filins invisibles, cinq planètes anonymes. Au milieu, comme en ascension, le modèle réduit du Space Ship Two et de son vaisseau porteur. Dans chaque coin de la vitrine, deux mannequins revêtus de la combinaison du touriste spatial. La vitrine donnant sur l’avenue du Général Leclerc présente, elle, de plain-pied et en taille réelle, un morceau de la cabine passagers de l’avion-fusée imaginé par ASTRIUM. En fond, un gigantesque  poster offre de  cette même cabine une vue  en perspective.

Sur le trottoir, devant l’agence, est exposée  l’attractive maquette toute de noir fuselée du vaisseau Lynx conçu par la société XCOR. Depuis la fin  de l’après-midi, les passants s’agglutinent autour du carré de protection, mitraillant de leur portable l’énorme jouet complaisamment exhibé. A ses  côtés, sur un socle relevé, trois grands écrans formant triangle diffusent en boucle l’animation d’un vol suborbital.

A l’intérieur de l’agence, on se bouscule devant d’autres écrans plus petits, une coupe à la main. Les plus âgés des convives sont un brin sceptiques et amusés mais très attentifs. Les plus jeunes posent des questions, beaucoup de questions. Ils intègrent peu à peu, en fronçant le sourcil, le projet de tourisme spatial dans leurs futurs projets d’évasion. Un vol à sensation forte, pourquoi pas ?  L’année  prochaine, non bien sûr, mais dans trois ou quatre ans, lorsque la technologie sera au point et les coûts devenus raisonnables, c’est  tout à fait  envisageable.

A huit heures trente déjà, le trafic auto est parfaitement  bloqué sur la place malgré les renforts de police déployés. Les voitures semblent  attirées par la lumière blanche et bleue qui inonde ce coin d’avenue d’ordinaire obscur à cette heure-ci. Elles passent au pas devant l’agence et leurs occupants scrutent les lieux en quête d’un visage connu. Un agent est interpellé : c’est un tournage ? Non, circulez !

TF1, dont les studios sont à quelques centaines de mètres de l’agence, a dépêché une équipe chargée de recueillir et de filmer les impressions des invités ou des passants. Le montage se fera dans la nuit pour l’édition du 20 heures du  lendemain.

Neuf heures quinze, l’arrivée de Patrick Baudry et de trois jeunes  astronautes français  provoque un peu plus de confusion encore. Escortés  jusqu’à l’agence, ils y pénètrent sous les applaudissements.

A minuit, une foule dense est toujours là, sous les fenêtres de cet homme en pyjama qui la contemple en souriant. Quitte à ne pas dormir, autant être de la fête. Encore une  heure et le quartier redeviendra ce simple morceau de ville, quelque part sur la Terre. La circulation s’est fluidifiée. La tension peu à peu retombe. Et chacun, imaginant sans doute  avoir changé de dimension,  s’apprête à rentrer pour  compter ses propres étoiles.

Roch GUILABERT.

COVOS BAXON et SEMBAT VOYAGES, partenaires de l’ENTREPRISE EN MOUVEMENT – Contact : Roch Guilabert – Tel : 01 55 20 23 83.

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